Une petite parabole dans le jardin et un abonnement souscrit à l’étranger dont personne ne parle. Bienvenue dans le paradoxe Starlink en Nouvelle-Calédonie ! Le Congrès repousse le vote d’une loi de pays qui permettrait à l’opérateur de s’installer légalement sur le territoire, pendant que des milliers de Calédoniens s’y sont abonnés en contournant la réglementation. Et depuis juillet 2026, la firme d’Elon Musk a changé ses conditions de service, ce qui risque de compliquer la vie de ces abonnés fantômes. On fait le point !

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Mais c’est quoi Starlink au juste ?

L’antenne Starlink. © Oleg Dubyna / iStockPhoto

Starlink, c’est le service d’internet par satellite lancé par SpaceX, la société d’Elon Musk. Le principe repose sur des milliers de mini-satellites en orbite basse, bien plus proches de la Terre que les anciens satellites géostationnaires, qui assurent une connexion haut débit partout où le ciel est dégagé. Une petite parabole rectangulaire, un routeur, et vous voilà connecté depuis un coin recoulé en brousse, un bateau au mouillage dans le grand Sud ou une maison perdue dans une zone que la fibre n’atteindra probablement pas de suite. Avec cette connexion, on parle de débits qui se comptent en centaines de mégabits par seconde et une latence bien plus faible que les anciennes solutions satellitaires. Sur le Caillou, où certaines communes n’ont toujours pas accès à la fibre, ce type de technologie arrive comme une bouée de sauvetage numérique. Et visiblement, certains n’ont pas attendu l’autorisation pour s’en saisir…

La constellation Starlink en orbite basse. © SpaceX

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L’OPT, gardien du temple 

Depuis des décennies, l’OPT-NC détient le monopole légal sur les télécommunications du territoire. Tout flux de données entrant ou sortant du Caillou passe par ses câbles sous-marins.

Fonctionnement d’un câble sous-marin de fibre optique. © BBC

Vendre des abonnements internet en Nouvelle-Calédonie sans autorisation du gouvernement, ce n’est tout simplement pas possible. Et jusqu’ici, Starlink ne l’a pas obtenue.

Starlink avait pourtant bien déposé une demande pour intégrer le marché calédonien. Elle a été refusée en raison du monopole en place. Christopher Gygès, membre du gouvernement en charge de l’économie numérique, l’avait confirmé en novembre 2023 :

« Elle avait été refusée parce qu’on était en zone de monopole. Si ce texte est définitivement adopté au Congrès, tous les opérateurs pourront candidater. » – Christopher Gygès, Membre du gouvernement en charge de l’économie numérique, cité par NC La 1ère, novembre 2023

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La loi de pays : une révolution annoncée mais pas encore votée

En novembre 2023, le gouvernement calédonien a adopté un avant-projet de loi qualifié d’« historique » visant à ouvrir le marché de l’accès à internet à la concurrence. L’objectif : permettre à des opérateurs satellitaires comme Starlink ou OneWeb de proposer leurs services sur le Caillou, en échange d’une redevance sur les fréquences utilisées et de la création d’une structure en locale. La téléphonie, elle, resterait un monopole OPT.

Starlink VS OneWeb. © Statista

En mars 2024, l’Autorité de la concurrence calédonienne a rendu un avis favorable. Les assises des télécommunications devaient se tenir, le Congrès devait débattre, voter… Mais les crises politiques se sont enchaînées et le texte n’a jamais été soumis au vote, il attend toujours dans les tiroirs du Congrès.

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Les Calédoniens n’ont pas attendu non plus

La loi n’étant pas votée, les Calédoniens ont trouvé un contournement. Les kits Starlink s’achètent librement sur le territoire : le gouvernement a fait le choix de ne pas interdire l’importation du matériel. Plusieurs boutiques à Nouméa les vendent, même si les revendeurs préfèrent ne pas trop s’afficher, tant le sujet reste sensible. Pour s’abonner, la technique est simple : créer un compte enregistré en Australie ou aux Fidji, souscrire à un forfait « itinérance » et se connecter depuis le Caillou. Légalement discutable côté abonnement, mais techniquement, ça marche. Et visiblement, beaucoup l’ont fait…

Une solution adoptée notamment par les habitants des zones blanches, non couvertes par la fibre et les navigateurs de passage. Pour ces profils, Starlink n’est pas un caprice : c’est souvent le seul accès sérieux à internet. Selon NC La 1ère, environ 4 % des Calédoniens dépendent uniquement d’une connexion satellite pour accéder à internet.

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Juillet 2026 : Starlink serre la vis

Le 15 juillet 2026, Starlink a annoncé une mise à jour de ses conditions de service pour les forfaits « itinérance ». À partir du 17 août, les abonnés enregistrés à l’étranger n’auront plus droit qu’à 30 jours consécutifs de connexion hors de leur pays de résidence. Passé ce délai, il faudra retourner physiquement dans le pays d’abonnement pour réinitialiser la période… Pratique quand on habite à Nouméa et que son compte est enregistré à Brisbane ! Pour ceux qui ne peuvent pas se permettre de réinitialiser leur abonnement depuis l’étranger tous les mois, la seule alternative officielle est de passer aux offres entreprises, nettement plus chères.

Des satellites Starlink embarqués à bord d’un Falcon 9. © SpaceX

Une mesure similaire avait déjà été annoncée en 2025 par Starlink, selon Outremers360, limitant l’utilisation internationale à deux mois consécutifs, sans avoir été réellement appliquée. À voir donc si celle-ci sera bel et bien mise en œuvre !

Cette annonce a relancé le débat sur la loi de pays toujours en attente. Christopher Gygès a réaffirmé la nécessité de voter le texte :

« La direction de l’OPT a dit qu’elle était favorable, donc je crois qu’il est temps de voter ce projet de loi. » – Christopher Gygès, Membre du gouvernement en charge du développement numérique, cité par NC La 1ère, 21 juillet 2026

Les syndicats de l’OPT s’y opposent. La Cogetra NC a publié un communiqué alertant sur les risques d’une ouverture du marché, en prenant pour exemple les îles Cook, où Starlink a capturé 50 % du marché en quelques mois sans créer le moindre emploi local. Le syndicat rappelle également que l’entretien du réseau calédonien représente un coût annuel de l’ordre de 6 à 7 milliards de francs et que les 1 200 salariés de l’Office regardent le dossier avec attention.

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La balle est dans le camp du Congrès

Starlink est bien présent en Nouvelle-Calédonie, les antennes se vendent, les gens s’abonnent, mais sans cadre légal. La loi d’ouverture du marché satellitaire attend depuis bientôt trois ans et la crise politique qui a secoué le territoire depuis mai 2024 n’a pas aidé. Mais les nouvelles conditions de service de Starlink pourraient bien pousser le Congrès à trancher.

Pour les 4 % de Calédoniens qui n’ont accès à internet que par satellite, c’est leur seul accès au monde numérique. Donc, soit le Congrès vote, soit les utilisateurs trouveront une autre astuce. Affaire à suivre…

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