Depuis 2024, Andrine Dellery enseigne le numérique au Lycée polyvalent du Mont-Dore (LMD), après treize ans passés au Lycée Jules Garnier. Professeure de Sciences Numériques et Technologie (SNT) en Seconde et de Numérique et Sciences Informatiques (NSI) en Terminale, elle incarne une pédagogie de l’action : projets techniques, événements ouverts au territoire et ponts constants entre le lycée et l’université. Rencontre avec une enseignante qui croit que le numérique se vit autant qu’il s’enseigne.

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Bonjour Andrine et bienvenue sur NeoTech ! Pour commencer, peux-tu te présenter et nous parler de ton parcours d’enseignante en « numérique » au lycée du Mont-Dore ?

Bonjour à toutes et tous ! J’ai rejoint le Lycée du Mont Dore en 2024 après 13 ans au Lycée Jules Garnier. Dans ce parcours, j’ai d’abord enseigné le numérique dans les filières techniques – STI2D – et en lycée général, dans les spécialités Sciences de l’Ingénieur (SI) et Numérique et Sciences Informatiques (NSI). Pour être totalement transparente, je me suis formée dans ce domaine pour ne pas être dépassée par ses nombreuses évolutions car nos élèves ont besoin d’y être préparés de plus en plus tôt pour s’adapter aux changements de la société.

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Tu enseignes les Sciences Numériques et Technologie (SNT) en Seconde et la spécialité Numérique et Sciences Informatiques (NSI) en Terminale. En quoi consistent tes missions pédagogiques au quotidien et comment le numérique s’y intègre-t-il ?

Ce sont deux matières bien distinctes. Les SNT sont dispensées à l’ensemble des élèves de seconde : c’est une approche généraliste qui permet à tous de comprendre que les outils numériques que nous utilisons au quotidien ont une réalité scientifique et nous les étudions donc pour mieux comprendre le monde qui nous entoure.

La NSI, elle, est une spécialité choisie par les élèves de filière générale qui s’intéressent à la programmation et à la conception d’outils numériques. C’est l’une des spécialités qui permettent d’obtenir un baccalauréat scientifique.

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Comment cherches-tu à intégrer la notion d’innovation et de projet concret dans tes cours ? Qu’est-ce qui t’anime dans cette approche pédagogique ?

La démarche de « projet » met l’élève face à ses responsabilités et le prépare à être acteur de son apprentissage. L’accès aux connaissances est désormais facilité par les progrès du numérique, et notamment ceux réalisés en matière d’IA. Nos méthodes pédagogiques doivent donc évoluer pour s’adapter aux transformations de la société.

On doit aujourd’hui se poser une véritable question : quelle doit être la plus-value de l’école ? A mon sens, il faut pouvoir offrir un cadre de soutien et de motivation et proposer des expériences formatrices qui permettent à chaque élève de développer son autonomie, sa curiosité, sa méthodologie…

« Stimuler la créativité, encourager l’innovation, créer des situations d’entraînement : ce sont les leviers dont nous disposons pour faire grandir nos élèves afin qu’ils développent un esprit critique avant d’entrer dans la vie réelle où ils devront rapidement faire des choix déterminants. »

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Le 29 mai dernier, vous avez organisé la « Nuit du Code » au lycée du Mont-Dore. Peux-tu nous expliquer ce qu’est cet événement et comment vous en avez eu l’idée ?

La Nuit du Code est un marathon de programmation annuel qui réunit des établissements francophones du monde entier autour d’un thème commun : la création d’un jeu vidéo en Python. La compétition dure 6 heures ; c’est un événement très convivial qui favorise la collaboration, la créativité et l’innovation, le tout dans une ambiance ludique ! Cette année, j’ai la chance d’avoir une promotion particulièrement douée en terminale NSI et… je les ai donc inscrits.

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Concrètement, comment s’est déroulée cette journée ? Les élèves de Terminale NSI ont développé un jeu vidéo en six heures, tandis que les Secondes animaient des ateliers… Comment as-tu préparé et coordonné tout cela ?

J’ai voulu profiter de cet événement pour faire découvrir le numérique et ses filières aux autres élèves de l’établissement. Pour cela, j’avais besoin d’aide : des élèves capables d’installer le matériel informatique et d’animer des ateliers sous forme de jeux… Et j’avais ma classe de SNT sous la main : ce sont eux qui ont animé ces jeux qui permettaient de découvrir les principales notions de programmation, dont celles que j’enseigne ensuite en NSI.

La préparation avec les secondes s’est organisée autour de plusieurs étapes : la logistique, l’installation du matériel, la communication autour de l’événement, la fabrication de goodies imprimés en 3D et l’animation le jour J… Ils m’ont vraiment agréablement surprise car ils ont été très responsables et efficaces tout au long de l’événement !

« Les intervenants de l’université ont salué le travail de préparation des secondes et leur ont même conseillé de valoriser cette expérience sur Parcoursup. C’est ce genre de retour qui me conforte dans l’idée que tout cela a du sens. »

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En quoi est-ce essentiel, selon toi, de mêler univers scolaire et monde professionnel, comme avec la venue de représentants du BUT MMI et de la Licence Informatique, dans le parcours des jeunes calédoniens ?

Au lycée, les élèves ont souvent du mal à se projeter vers leurs études ou leur vie professionnelle. Rencontrer leurs futurs enseignants, c’est donner du sens à ce qu’ils font aujourd’hui et leur permettre de comprendre pourquoi ils sont là, tout en les motivant à faire les efforts nécessaires pour obtenir la place qu’ils auront choisie. C’est une fenêtre ouverte sur leur avenir.

Dans ce contexte, la venue de représentants du BUT MMI et de la Licence Informatique de l’UNC illustre parfaitement cette dynamique de passerelle entre lycée et supérieur.

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Plus largement, quel est ton ressenti sur la place du numérique dans l’enseignement en Nouvelle-Calédonie aujourd’hui ? Quels progrès as-tu observés et quels défis restent à relever ?

Aujourd’hui, et pas seulement en Nouvelle-Calédonie, les jeunes sont consommateurs de numérique sans pour autant en comprendre le fonctionnement ! C’est pourtant un domaine qui a des conséquences importantes sur nos vies quotidiennes et sur notre société ; ses acteurs, qui façonnent le monde tel qu’il est aujourd’hui, sont en grande partie de grandes entreprises de la Tech. Nous ne devons pas leur faire confiance aveuglément et nous devons au minimum nous informer, être conscients des enjeux et des mécanismes… et devenir acteurs du numérique de demain. Le Mont-Dore est d’ailleurs un territoire moteur sur ces sujets. Et sur la protection des jeunes, les cyberviolences restent un défi pédagogique réel, que l’école doit continuer à adresser de front.

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Tu mentionnes organiser régulièrement des projets techniques et numériques. Peux-tu nous en dire plus sur les autres initiatives que vous portez au sein du lycée ?

J’essaie de monter des projets avec chacune de mes classes pour leur faire vivre une expérience différente. En NSI, les élèves ont fabriqué l’an passé un prototype de mini échiquier connecté, capable de lire la position des pièces sur le plateau. En Sciences de l’Ingénieur, ils ont conçu une bouée connectée capable de filmer les fonds marins et d’envoyer des données à un ordinateur ; c’est d’ailleurs un élève de NSI qui a réalisé le programme pour transmettre les données en wifi et les afficher sur une carte.

Cette année, la classe de Sciences de l’Ingénieur travaille sur une maquette de voiles rotors pour mettre en évidence le phénomène physique et estimer les économies d’énergie que l’on pourrait réaliser en équipant des minéraliers de cette technologie ; c’est un sujet particulièrement pertinent pour la Nouvelle-Calédonie et son secteur minier, non ?

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Un dernier projet en cours ou un message à partager avec nos lecteurs, élèves, parents, enseignants ou décideurs ?

Les élèves progressent mieux quand ils ont confiance dans le système. Notre rôle est de développer un ensemble de compétences : l’esprit critique et le recul nécessaire pour ne pas se laisser manipuler mais aussi la capacité à se protéger face aux dangers qui les entourent. Nous leur enseignons la démarche scientifique pour construire leur raisonnement et justifier leurs idées, le tout appuyé sur des connaissances solides et des valeurs comme aller jusqu’au bout d’un projet ou s’impliquer dans la réussite collective pour ne citer qu’elles…

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Pour découvrir le jeu développé, cliquez ici et pour visionner la vidéo récap’, c’est par ici !