Vous souhaitez parler de numérique et d’entrepreneuriat en Nouvelle-Calédonie ? Vous aurez alors, un jour ou l’autre, besoin de rencontrer Hatem ! A travers ses multiples sociétés et son implication dans les clusters calédoniens, il décrypte l’environnement numérique du territoire pour NeoTech.

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Pourriez-vous résumer votre parcours professionnel en trois étapes clés, trois tournants dans votre carrière ?

Je suis arrivé en Nouvelle-Calédonie en 2002 aux côtés de ma femme calédonienne après avoir fait mes études d’économie en Tunisie et débuté ma carrière professionnelle à Lyon dans une SSII. Lors de mon arrivée à Nouméa, j’ai travaillé comme développeur pour une association avant de me mettre en free-lance et, dans la foulée, de prendre la gestion d’une société informatique locale aux côtés de deux autres associés. Après cette expérience, j’ai créé une société, SCSI, aujourd’hui renommée Skazy

A partir de 2008, j’ai commencé à prendre part à d’autres activités en tant qu’entrepreneur, soit par une prise de participation en tant qu’associé, soit par le rachat de la structure, soit en création « from scratch ». 

En 2015, je suis rentré en tant qu’associé dans « GeoCal.nc » mais aussi dans « shop.nc » puis, dernièrement, dans une plateforme de prise de rendez-vous en ligne chez le médecin (AlloMédecin.nc). En parallèle, j’ai développé la présence de ces structures à l’étranger, au Vanuatu depuis 5 ans avec Skazy et GeoCal mais également à Tahiti depuis deux ans. 

Côté vie associative, je suis présent depuis 2011 à la Fédération des Industries (FINC) en tant que Trésorier et actuellement Président du cluster numérique Open.nc. Je fais par ailleurs partie du conseil d’administration de NCT&I, une association qui vient au soutien des entreprises calédoniennes dans leur volonté d’export à l’international. 

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Vous occupez divers postes liés au numérique en Nouvelle-Calédonie : pourquoi vous « démultipliez-vous » autant ? 

C’est principalement dû aux opportunités que j’ai rencontrées sur mon chemin ! Il existe en effet beaucoup d’opportunités pour développer le numérique en Calédonie, même si ce n’est pas toujours simple, notamment au regard du contexte local qui n’est pas toujours facile à appréhender. 

Si je prends l’exemple de l’« argus.nc », je suis allé rencontrer son dirigeant pour réaliser le site internet et, en discutant avec lui, il m’a proposé d’investir dans son entreprise. 

Aujourd’hui, j’ai créé une holding qui me permet de ne plus investir à titre privé en capital risque. De nouveaux dispositifs fiscaux commencent à être mis en place à ce sujet mais ils ne sont pas encore complètement aboutis. 

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Quelle sont, selon vous, les particularités spécifiques de l’écosystème numérique en Nouvelle-Calédonie ? 

D’une façon générale, à territoire équivalent, nous sommes bien fournis en compétences ; nous avons des profils formés dans les meilleures écoles métropolitaines et qui ont déjà eu des expériences professionnelles dans des entreprises. 

D’autre part, nous possédons des structures d’une taille importante en comparaison à d’autres territoires ultramarins semblables, même si nous ne sommes pas encore au niveau de La Réunion. En ce moment, il existe un réel élan vers le digital mais le contexte économique est plutôt morose ce qui entrave notre potentiel de développement numérique. 

Le monde associatif pousse également cette transformation numérique ; le cluster « Open » en est une belle illustration puisque nous comptons aujourd’hui quatre-vingts adhérents. Le cluster « Export » compte pour sa part une centaine d’adhérents. Les structures qui permettent de donner un cadre au développement économique existent. Cette transition numérique n’est possible que dans le cadre d’une dynamique commune, d’une collaboration constante entre les différents acteurs de l’écosystème et également les institutions. 

La taille du marché calédonien est également un frein même si cela peut comporter certains avantages comme le fait d’être un « laboratoire » et d’accéder aux clients rapidement. En revanche, on n’aura pas les mêmes effets de levier qu’ailleurs et la scalabilité est très compromise. En plus, nous n’avons pas accès à la plupart des financements : néanmoins, heureusement que la BPI est présente ! Ici, globalement, l’économie « classique » ne s’intéresse pas à l’économie digitale et c’est une grande problématique pour son développement… 

Hatem Bellagi, Président OPEN NC
Hatem Bellagi, Président OPEN NC ©Open.nc

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Certaines agences web locales offrent une panoplie de services numériques à 360° là où de plus en plus d’agences se spécialisent sur une expertise spécifique. Quels sont les avantages et inconvénients d’une telle offre exhaustive ? 

L’avantage d’avoir une agence à 360°, c’est de proposer une offre globale qui porte sur l’ensemble de la chaîne de valeur numérique de nos clients. On peut ainsi relier des problématiques de développement, de l’audit de l’existant jusqu’à la gestion de la communication.

Cela bénéficie également à nos services : lorsqu’on développe un « BienMeLoger.nc », chacune des expertises concourt au bon développement de l’ensemble de la structure. 

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Quelle est la place des réseaux sociaux en Nouvelle-Calédonie et quels sont ceux qui devraient, selon vous, prendre de l’importance dans les prochaines années ? 

Aujourd’hui, le grand public est présent sur Facebook et sur Instagram qui rassemble plutôt un public jeune. Twitter, dont les spécificités en font un réseau social urbain, est très peu développé. Sur la partie B2B, c’est LinkedIn qui est le réseau prégnant. On note également le développement de l’utilisation de TikTok, notamment chez les plus jeunes. 

Comment va évoluer Facebook par rapport à l’arrivée de nouveaux réseaux sociaux ? Et comment va s’adapter le géant sur le sujet de la protection des données ? Le problème ici, c’est que tous les revenus publicitaires sont vampirisés par Facebook. Les médias traditionnels en souffrent beaucoup et ça soulève également la problématique de la diversité des sources d’information et des opinions…  Arrivera-t-on à avoir un jour un réseau social calédonien ? Je le souhaiterais…

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Vous nous avez parlé d’« Open », un cluster qui rassemble les professionnels du numérique dont vous êtes l’actuel Président. Pouvez-vous nous présenter cette structure et sa raison d’être ? 

« Open » est un cluster, ou grappe d’entreprises, créé en 2015 avec l’aide de la Province Sud ; le but de ce genre de structure est de favoriser le business par la connaissance des acteurs entre eux, ce qui permet de trouver des complémentarités, de développer des affinités mais également de répondre à des appels à projet de manière conjointe. De plus, cette structure offre la possibilité de rechercher et trouver les bonnes compétences, aux bons endroits. 

Le cluster permet également de mutualiser notre veille numérique et technologique afin de nous tenir informés en permanence, tout en suivant les innovations et évolutions des différents secteurs. 

D’autre part, cette association permet de faire connaître nos adhérents à l’ensemble des acteurs de l’économie calédonienne afin de créer des synergies. « Open » est également proche d’autres clusters et associations, ce qui créé de multiples émulations économiques et de nombreuses collaborations productives. Il faut bien se le dire, le numérique est la colonne vertébrale de l’économie et un facteur de croissance durable : le développer est donc l’une des raisons d’être d’ « Open » ! 

Hatem Bellagi, Président OPEN NC
©Open.nc

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Dans une interview en mars 2020, vous disiez que « le numérique a besoin de talents en Nouvelle-Calédonie » ; où en est-on aujourd’hui dans cette recherche et quelles sont les compétences les plus recherchées ? 

Au niveau de l’attractivité des talents, c’est compliqué… Ce n’est pas complètement bloqué mais il faut poursuivre la mise en valeur de notre territoire et de ses spécificités économiques dans un contexte de rude compétition internationale. 

Il faut réussir à faire passer les bons messages ! Si je prends l’exemple des profils « développeurs », il faut qu’on arrive à leur expliquer et à leur montrer que nous sommes sur les mêmes standards qu’en métropole en termes de missions et de responsabilités. Ce n’est pas parce qu’on « s’exporte » en Nouvelle-Calédonie qu’on perd en salaire ou que l’on subit une érosion de notre savoir-faire, bien au contraire ! 

Aujourd’hui, à titre personnel, j’ai l’impression qu’il manque des experts locaux en termes de « développements » ; d’autres profils sont également recherchés : des experts en cyber-sécurité, en iA ou big data par exemple.  

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Que vous inspire le concept du webmédia NeoTech ? 

Aujourd’hui, on dit que « le contenu est roi » ! D’une façon générale, la place des médias est capitale dans notre société, y compris vis-à-vis des réseaux sociaux. L’Australie a demandé il y a peu à Facebook un partage équitable des revenus publicitaires, et nous devrions suivre cet exemple. 

Par ailleurs, on manque également cruellement d’informations techniques, de contenus sur les parties « tech » et « numérique » : le business model des médias n’est pas très rentable et il faut vraiment avoir du temps pour rencontrer les acteurs et créer ce contenu à forte valeur ajoutée. On ne peut donc que se réjouir d’avoir un nouvel acteur comme NeoTech et le soutenir au maximum ! 

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