En gagnant une croisière aux Caraïbes lors d’un concours organisé par son entreprise, Stéphane Bouquillard comprend en dix jours, en vacances sur un catamaran, qu’elle a ce paysage à la maison tous les jours pendant qu’elle prend le métro-boulot-dodo à Paris sans raison valable. Elle rentre à Paris, reprend le travail deux mois, puis va voir la DRH et lui dit qu’il faut qu’elle rentre chez elle, en Calédonie. La DRH lui propose Marseille… Elle fait un mois à Nouméa et leur dit finalement qu’elle ne reviendra pas. Ce jour-là, elle ne le sait pas encore, mais l’informatique et Marseille viennent de faire leur entrée dans une histoire qui n’en a pas fini de faire des boucles. Trente ans plus tard, Stéphane Bouquillard est la fondatrice de Happy Day’N, une solution qui se décline par territoire : HD’N Nouméa, HD’N Hong Kong. Portrait d’une femme qui fait de chaque obstacle un Happy Day.
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Caraïbes, Carita et catamaran : Stéphane prend la mer !
Stéphane est calédonienne. Elle passe son bac ici, part à Paris faire ses études de commerce à l’École supérieure internationale d’administration des entreprises (ESIAE – Ecole des cadres) et se retrouve, un peu par hasard, ingénieure commerciale informatique dans une très grosse boîte internationale qui fonctionne à l’américaine. « J’ai répondu à une annonce dans L’Express, il y avait 11 000 candidatures et j’ai été prise. » Elle vend des réseaux, des solutions micro, a pour client EDF-GDF et gagne des concours de vente jusqu’à ce catamaran aux Caraïbes qui change tout. De retour à Paris, elle reprend le travail deux mois, puis va voir la DRH et lui dit qu’il faut qu’elle rentre se ressourcer dans son pays d’origine. La DRH lui propose Marseille, une ville où elle n’a jamais mis les pieds. Elle réfléchit… mais finit par décliner. Elle note avec le sourire, trente ans plus tard, que l’informatique et Marseille n’ont pas dit leur dernier mot dans son histoire.
De retour en Nouvelle-Calédonie, elle rejoint l’ADECAL, l’agence de développement économique de Calédonie, aux côtés du commissaire Michel Viger pendant trois ans. Puis une opportunité improbable se présente à elle : convaincre Carita, fraîchement rachetée par Shiseido, de prendre la concession du spa à bord du MS Paul Gauguin qui allait opérer sur les mers de Polynésie. « Tu connais quelque chose en cosmétique spa ? En tant que cliente, oui. En croisière ? Absolument pas. » Elle part quatre mois à Paris, convainc Carita, enchaîne neuf mois à Tahiti pour lancer la concession à bord du bateau, rentre à Noël sur le Caillou, tombe amoureuse du père de ses enfants et cette fois-ci, ne repart plus !
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Huit ans de Tera et le Château Royal s’envole !
S’ensuit une décennie dans l’hôtellerie avec la SOH, la Société Océanienne Hôtelière, où elle contribue à créer la chaîne Tera Hotel and Resort avec des établissements répartis sur l’ensemble de la Grande Terre, dont le Château Royal à Nouméa comme navire amiral. « L’idée, c’était de créer un réseau d’hôtels de taille moyenne, très authentiques et de mailler le territoire avec ces points d’étape. » La boîte capote quand le Château Royal est récupéré en gestion propre par une grande famille locale.
Huit ans de travail dans l’hôtellerie plus tard, Stéphane fait le choix de reprendre son activité au sein du cabinet familial SDEO NC, développe une branche de conseil en tourisme et accompagne des communes et des opérateurs privés sur leurs projets hôteliers avec une méthode bien à elle : aller en tribu parler du projet avant que la première pierre soit posée, s’assurer que la communauté locale s’y reconnaisse avant le visiteur.
« Pour que ça soit un hôtel agréé par la communauté locale qui se l’approprie, qu’ils aient envie de travailler dedans, d’être prestataire, pêcheur. Que ce projet devienne le leur. » – Stéphane Bouquillard, qui a appris à construire avec les gens

Tout ce qu’elle modélise à cette époque sur la conception d’hébergements touristiques adaptés à leur territoire, elle s’en servira bien plus tard. Les boucles, toujours les boucles…
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Le why plutôt que le what (et un TEDx pour le prouver)
Elle voulait faire un MBA depuis longtemps. La possibilité d’un Executive Master HEC se présente via le GIP Cadres Avenir et Stéphane y voit alors sa chance : elle intègre la première promo. « J’avais l’impression d’être passée à côté de quelque chose à 18 ans. Je n’avais juste pas la maturité. » Pour valider son diplôme, elle choisit le sujet qui la tient depuis des années : comment faire du tourisme un appareil créateur de valeur pour la Nouvelle-Calédonie ? Un an de travail de recherche sur un territoire dont elle se croyait experte et qui l’oblige à déconstruire tout ce qu’elle pensait savoir.
C’est pendant ce travail qu’elle tombe sur Simon Sinek et son cercle d’or. Le what en périphérie, le how au milieu, le why au cœur. « Comment Apple a réussi à vendre sa marque au lieu de vendre ses boîtes. Il a vendu le why plutôt que le what. Et moi je me suis inspirée de ça pour le décliner au tourisme. » Son constat est clair : la Nouvelle-Calédonie ne peut pas gagner sur une stratégie par les prix face à Fidji ou au Vanuatu. La différenciation, c’est le why, l’authenticité, l’hospitalité, l’humain, et ça doit venir des acteurs eux-mêmes plutôt que des techniciens du tourisme ou des compagnies de croisière qui viennent dicter depuis ailleurs ce qu’il faudrait faire. En 2016, elle donne la première conférence TEDx de Nouméa sur cette question.
« Ça paraît évident aujourd’hui. Il y a dix ans, ça ne parlait à personne. » – Stéphane Bouquillard, première TEDx de Nouméa et déjà dix ans d’avance
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Happy Day’N : le dossier qui dormait depuis 2016 !
L’idée de Happy Day’N est née dans la foulée de la thèse, en 2016. « Il manquait un maillon, un outil qui relie l’offre de prestation et les visiteurs. » Mais l’offre touristique locale n’est pas encore digitalisée. Stéphane range le dossier et attend le bon moment, qui finit par arriver fin 2023 quand l’ADECAL lance un appel à candidatures de projets innovants. La plateforme marketplace touristique de NC Tourisme vient de sortir, les acteurs commencent à être digitalisés et la collectivité accompagne cette transition. « C’est maintenant qu’il faut y aller ! ».

Elle est prise à l’incubateur en mars 2024 et défend d’emblée l’idée que le laboratoire grandeur nature de Happy Day’N, ce doit être les croisiéristes : 400 000 visiteurs à l’époque contre 60 000 touristes classiques, une problématique précise, comment faire en sorte qu’un passager avec six heures d’escale à Nouméa ne reste pas à bord faute de savoir quoi faire à terre. Mais aussi une double opportunité, améliorer l’expérience et collecter enfin des données sur ces “visiteurs fantômes”.
« Ça fait 15 ans qu’on fait des projections sur les comportements et dépenses des croiséristes. Mais en réalité, on n’a aucune donnée là-dessus. » – Stéphane Bouquillard, qui a pour volonté de changer ça en produisant de la data en temps réel

Happy Day’N fonctionne simplement : le passager télécharge l’appli via QR code en débarquant, répond à quelques questions sur son temps disponible, son profil de voyageur et ses centres d’intérêt, et reçoit un parcours personnalisé contextualisé en fonction de la météo et des offres disponibles. Les données collectées alimentent un tableau de bord pour les clients abonnés, les collectivités et offices de tourisme. C’est ça le TravelTech : les technologies durables appliquées au tourisme et aux territoires insulaires, un secteur encore sous-financé qui valorise un segment de marché jusqu’ici invisible, les visiteurs de courte durée, tout en s’inscrivant dans une logique de gestion raisonnée des flux et de protection des écosystèmes fragiles.


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Stéphane et la crise de mai 2024 : Marseille revient par la fenêtre !
En mai 2024, Stéphane est en France pour le Défi Wind à Gruissan quand la crise éclate en Calédonie. Elle se retrouve à tourner pendant un mois et demi sans savoir quand ni si elle va rentrer. Elle écrit à l’incubateur pour demander des contacts d’autres incubateurs en France, l’ADECAL lance un appel à solidarité sur son réseau et Marseille répond avec l’incubateur La Belle de Mai. La boucle se referme : trente ans plus tôt, sa DRH lui avait proposé un poste à Marseille qu’elle avait décliné sans jamais y avoir mis les pieds. Marseille vient de revenir par une toute autre porte…
Elle transpose Happy Day’N au SmartPort Challenge, le programme d’innovation du Grand Port Maritime de Marseille Fos et candidate sur le défi lié à l’amélioration de l’expérience des croisiéristes. 2,5 millions de voyageurs par an, pas mal comme terrain de jeu ! Elle est présélectionnée mais n’est pas lauréate, une start-up marseillaise l’emporte. Elle repart avec un troisième pilier pour sa solution, la gestion des flux et avec la conviction que ce qu’elle a conçu pour Nouméa parle bien au-delà.
« Au moins il y a de l’intérêt et j’ai appris une chose en plus, je rajoute une proposition de valeur de plus à la solution. Ça m’a redonné de l’élan ! » – Stéphane Bouquillard, qui transforme chaque obstacle en carburant
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Hong Kong, le vertige et une évidence…
Pour se faire connaître de l’écosystème innovation, Stéphane comprend qu’il faut passer des concours. Elle candidate à Women in Tech 2025 et en devient finaliste, ce qui lui ouvre la porte du concours Digital in Pulse de Huawei France qu’elle remporte. La récompense : intégrer une cohorte de onze femmes de l’innovation pour un business trip d’une semaine à Hong Kong, Shenzhen et Guangzhou. Sur place, une agence de tourisme française lui dit ce qu’elle ne s’attendait pas à entendre : ce type de solution n’existe pas à Hong Kong. Des millions de gens qui passent quelques heures dans ce hub mondial et personne ne les guide. Macao compte 18 millions de visiteurs en day trip par an. Singapour, Istanbul, Dubaï ont leurs stopovers à valoriser. Les compagnies aériennes pourraient embarquer la solution en marque blanche pour promouvoir leurs escales à leurs passagers en transit.
« Je réalise que le marché est énorme, il est grandiose même ! J’ai un peu le vertige et je me dis : par où commencer ? » – Stéphane Bouquillard, à 10 000 km de Nouméa, les yeux grands ouverts

Ce voyage lui réserve une autre surprise : parmi les dix autres start-ups de la cohorte, sept n’ont toujours pas trouvé leur marché. « Finalement je ne suis pas trop en décalage. Ça décomplexe. » Construire une start-up depuis le Caillou, ce n’est pas plus difficile que depuis Paris. Les sept autres start-ups de la cohorte qui cherchent encore leur marché en sont la preuve.
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Quand Vivatech dit non, Happy Day’N dit encore !
En février 2026, elle reçoit sa V1 au moment même où elle apprend qu’elle n’est pas sélectionnée pour Vivatech. Elle prend du recul, saisit l’opportunité d’une mission de conseil pour la refondation d’un groupe hôtelier calédonien et découvre en chemin que sa solution peut aussi s’adresser aux groupes qui agrègent hôtels, restaurants, casinos et activités de loisirs. L’obstacle ouvre une nouvelle porte, comme toujours.
En juin 2026, la Province Sud lui accorde une aide à l’embauche en lieu et place de l’aide à la trésorerie et à la commercialisation qu’elle demandait depuis août 2025 après neuf mois de traitement. Elle transforme cette réponse inattendue en opportunité et cherche un business partner. Les premières candidatures arrivent par les canaux habituels mais ne retiennent pas son attention. Elle reposte son offre sur LinkedIn et voit arriver un jeune de 33 ans, profil entrepreneurial, une expérience en start-up à Washington, une autre en conciergerie hôtelière à Melbourne. Ça match ! Il commence le 10 août pendant qu’elle s’accorde un mois de vacances sportives à Wallis, 1 000 km sur l’eau en windsurf et en windfoil, son réservoir d’énergie.
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Club Croisières NC, Tahiti en novembre et le test grandeur nature
La saison croisière approche. Depuis le 1er septembre 2026, Happy Day SAS a rejoint le Club Croisières NC. Courant août, la French Tech NC a sélectionné Happy Day’N parmi deux start-ups calédoniennes pour représenter le territoire aux South Pacific Innovation Days, les Outre-mer French Tech Days 2026, à Tahiti en Polynésie française du 30 novembre au 4 décembre 2026. Le test grandeur nature se prépare pour la saison croisière à venir et Stéphane le voit comme bien plus qu’un test technique : c’est l’occasion d’associer l’ensemble des acteurs concernés par l’amélioration du parcours client, la création de valeur pour l’escale et la connectivité des visiteurs. Un call to action pour tout un écosystème !
« Nouméa, c’est une des escales les moins bien notées de la croisière. Qu’est-ce qu’on propose en contrepartie ? » – Stéphane Bouquillard, qui a une réponse à cette question
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Stéphane et le requin : même combat !
Stéphane n’est pas que fondatrice de Happy Day’N. Le même esprit qui l’a amenée à chercher une solution numérique pour les croisiéristes l’a conduite à poser la question du risque requin sous l’angle technologique lors d’un Ocean Hackathon en 2021. Présidente de l’ASPTT Nouméa Glisse depuis une dizaine d’années, sa conviction est que des solutions existent aujourd’hui pour identifier avec une certaine précision ce qui se déplace sous l’eau, couplées à des drones automatisés capables de mailler des zones de surveillance entières. Ce n’est pas une ambition personnelle de création, plutôt une réflexion qu’elle pose pour nourrir ceux qui auront à prendre les bonnes décisions.
« À partir du moment où il y a une forte probabilité que ce soit un requin de grosse taille, on déclenche une alerte. Et ça, ça peut exister aujourd’hui. » – Stéphane Bouquillard, présidente de l’ASPTT Nouméa Glisse
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Chaque obstacle, un Happy Day !
« Il ne faut pas rester seule. Dans l’innovation, on se heurte à tellement de barrières que c’est facile d’abandonner. Heureusement, il y a un écosystème encourageant avec l’incubateur Impulseo, la French Tech, BPI France et des politiques publiques favorables. Il faut en faire partie ! » – Stéphane Bouquillard, fondatrice de Happy Day’N, qui en a fait la preuve par l’exemple
Elle vendait de la microinformatique à Paris dans les années 90. Le Château Royal s’est envolé. La crise de mai 2024 l’a bloquée en France. Vivatech ne l’a pas sélectionnée… Et à chaque fois, quelque chose de plus grand s’est ouvert. « C’est un mal pour un bien », dit-elle.
Depuis trente ans, Stéphane Bouquillard fait de chaque obstacle un Happy Day et elle n’est pas près de s’arrêter !
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