Et si un simple autocollant posé sur un comptoir suffisait à transformer un client de passage en habitué fidèle ? C’est le pari qu’a fait Romain Compans en lançant QRia.me, une plateforme SaaS calédonienne qui réinvente le QR code et le transforme en outil de croissance pour les commerces, les restaurants et les hôtels du Pacifique.
Après plusieurs mois de tests menés directement auprès de commerçants, QRia.me a officiellement lancé son activité en juillet 2026. Rencontre avec un entrepreneur venu des Cévennes, conquis par le Caillou, qui construit sa plateforme pièce après pièce depuis la Nouvelle-Calédonie.
Scan en cours…
__
Bonjour Romain ! Bienvenue sur NeoTech ! Pour commencer, est-ce que tu peux te présenter à nos lecteurs et nous dire ce qu’est QRia.me ?

Bonjour ! Merci pour cette invitation. Je suis originaire des Cévennes et ça fait quelques années que je me suis installé en Nouvelle-Calédonie avec ma compagne. Avant ça, j’ai passé plus de vingt ans dans le digital, entre start-up, agences, auto-entreprises et grands groupes internationaux, principalement en France.
QRia.me, c’est une plateforme SaaS qui fait le lien entre le monde physique et le digital. C’est à la fois une alternative aux solutions de « link in bio » comme Linktree pour centraliser ses liens, un outil de partage de cartes de visite virtuelles et un créateur de QR codes dynamiques. L’idée, c’est de transformer un simple support physique en un assistant marketing intelligent : obtenir des avis Google, gagner de nouveaux abonnés, récolter des contacts pour sa newsletter ou fidéliser sa clientèle.
__
Comment est née QRia.me ? Il y a eu un déclic, une observation, quelque chose qui t’a poussé à créer cette solution ?
Le déclic est venu de mes voyages, notamment en Australie et en Asie. Là-bas, les touristes et les clients sont déjà totalement habitués à flasher des QR codes pour tout faire, de la prise de commande à la consultation d’informations.
Au début de ma carrière, j’avoue que j’étais sceptique. Pour moi, le digital se passait sur les écrans et le support physique n’était pas mon périmètre. Mais en voyant la réalité de près, j’ai vu la magie que ce petit carré pouvait produire, mais aussi toutes les frictions. On a tous vu ces QR codes imprimés à la va-vite qui ne fonctionnent plus au bout de trois semaines, ou qui ne donnent pas envie d’être scannés, qui n’apportent rien. La maîtrise, le contrôle et la personnalisation n’y étaient pas.
Pour concevoir QRia.me, j’ai adopté une nouvelle approche, ce qu’on appelle aujourd’hui le « vibe coding » : j’utilise la puissance de l’IA générative pour coder en mode ultra agile. Je pilote le code par la discussion, ce qui me permet d’avancer par sprints hebdomadaires et d’assurer une adaptation immédiate aux besoins réels de mes clients. Le dernier sprint, par exemple, a permis d’intégrer un connecteur Make pour remonter automatiquement chaque lead dans le CRM du professionnel. L’objectif est de ne pas multiplier les outils pour ceux qui en sont déjà pourvus.
Le véritable moteur pour lancer le service, c’est en premier lieu ma passion du digital et mon souhait d’apporter de la valeur, mais c’est aussi ma compagne, qui m’a poussé à mettre cet outil en production et à convertir mes actions de veille du week-end en service utile. Aujourd’hui, le projet évolue à toute vitesse, les retours précieux des utilisateurs nous permettent de définir une roadmap claire et j’en suis très fier.
__
Tu as choisi de te lancer depuis Nouméa, avec des plaques NFC fabriquées localement et déjà 150 QR codes actifs. Qu’est-ce qui t’a poussé à parier sur la Nouvelle-Calédonie ?
Pour moi, les deux plus beaux endroits au monde sont les Cévennes, d’où je suis originaire, et la Nouvelle-Calédonie. Le Caillou est une terre d’accueil formidable. Au-delà des paysages et de la nature, la première richesse de la Calédonie, c’est l’humain. C’est un endroit extraordinaire où de nombreuses communautés vivent ensemble et, quoi qu’en disent certains, cette diversité est d’une richesse absolue. C’est ce vivre-ensemble et les gens que j’y ai rencontrés qui m’ont donné envie d’apporter ma pierre à l’édifice.
Il y a aussi un sens écologique et économique : le QR code dynamique évite les frictions et évite surtout de devoir réimprimer des supports. On garde le contrôle total tout en réduisant drastiquement l’impact du papier. Les plaques QRia avec QR code et puce NFC sont, pour les commerçants de Nouméa, un véritable atout pour récupérer des avis Google facilement. Mon coiffeur, par exemple, m’expliquait qu’il était embêté : les touristes ne le trouvaient pas et sa fiche Google était plombée par un râleur. Je lui ai fourni une plaque. En deux mois, il est passé de 4,6 à 4,8 étoiles. Quand on cherche un professionnel, ça change tout.

__
Le QR code dynamique, c’est le cœur de ce que vous proposez. Qu’est-ce qui le différencie d’un QR code classique qu’on génère gratuitement en deux clics sur n’importe quel site ?
Un QR code classique est figé : s’il y a une erreur ou un changement de lien, il est bon pour la poubelle. Le QR code dynamique de QRia.me est modifiable à l’infini en temps réel, sans jamais changer le support physique ou la plaque NFC. Il peut s’adapter à l’utilisateur et offrir de l’engagement, du suivi et des statistiques. Mais la vraie différence, c’est l’écosystème qui l’accompagne. QRia.me intègre désormais des programmes de fidélité numériques, où le professionnel scanne la carte ou laisse l’utilisateur valider son passage, et de la gamification pour animer les points de vente, comme des roues de la fortune ou des instants gagnants.
On génère aussi automatiquement un visuel prêt à l’emploi avec le QR code de l’établissement, pour récolter des avis Google facilement et gratuitement. On intègre aussi un système de notifications push sur Android qui permet aux commerçants de pousser des alertes directement sur le téléphone de leurs clients fidèles pour les faire revenir en boutique ou organiser des concours. Une vraie alternative aux jeux concours SMS payants.

__
Tu décris un Concierge IA qui répond aux clients, capte des contacts et s’exprime en plusieurs langues. Tu peux nous donner un exemple précis de ce que ça change pour un commerce au quotidien ?
Le premier cas d’usage qui m’a poussé à intégrer l’IA, c’est l’hôtellerie. Les besoins sont variés et la clientèle est internationale. Quand quelqu’un flashe le QR code dans le hall d’entrée ou en chambre, le concierge IA prend le relais. Il échange de manière fluide pour lui apporter des réponses, un départ tardif, le menu dans sa langue, ou pour qualifier une demande.
Dans l’immobilier, l’IA intègre un analyseur de leads avancé : elle détecte via le chat si le contact est acheteur, vendeur ou locataire, synthétise l’échange et donne des indicateurs au professionnel. Le commercial n’a plus qu’à traiter un contact ultra qualifié, déjà synchronisé dans son CRM. Cela s’adresse à tous les professionnels, de l’agent immobilier au vendeur ambulant, en passant par le commercial de terrain. C’est un outil centralisateur et un facilitateur d’expérience.

__
Les commerçants calédoniens sont-ils déjà à l’aise avec ce type d’outils ou il y a un travail de pédagogie à faire ?
On dit souvent que la Calédonie a un peu de retard sur le digital, mais ce que je vois au quotidien, c’est que les choses évoluent très vite en ce moment. On peut remercier le travail de Station N. On voit apparaître des solutions locales qui font beaucoup de sens, le marché est mûr. Et ça dépasse nos frontières. On commence aujourd’hui à équiper des professionnels en Polynésie et au Vanuatu, ce qui montre que le besoin est le même partout dans le Pacifique.
Bien sûr, un accompagnement reste nécessaire et c’est pour cela qu’en Calédonie, nous privilégions le contact direct. Je suis ouvert aux partenariats locaux, et je pense notamment aux associations qui auraient besoin de créer des cartes de fidélité pour leurs membres. QRia.me le permet aujourd’hui et je serais ravi d’aider ce genre de structures.
__
La Nouvelle-Calédonie traverse une période économique difficile. Dans ce contexte, convaincre un restaurateur ou un boutiquier d’investir dans un outil digital, c’est un frein ou une opportunité ?
C’est un challenge et, avant tout, un devoir de solidarité. Je pars du principe qu’il n’y a pas de problèmes, uniquement des solutions à inventer.
C’est justement parce que la période est complexe que j’ai voulu concevoir une offre adaptée à ce cas d’usage. Mon offre dans le Pacifique est pensée pour ça. C’est un réel besoin, les commerçants en sont sensibles. Et puis les touristes, les militaires, toutes les personnes qui arrivent sur le territoire pour des durées parfois temporaires, sont tous friands de ce genre d’outils. C’est vraiment un outil mis à disposition pour eux. Le territoire, terre d’accueil, est formidable et j’ai vraiment envie d’aider à mon échelle.

__
Pour finir, un mot pour les commerçants calédoniens qui nous lisent ? Et quelles sont les prochaines étapes pour QRia.me ?
Pour soutenir le tissu économique local, notre premier engagement est social et solidaire : QRia.me offre deux QR codes dynamiques et deux mois d’abonnement à tout commerçant calédonien qui s’inscrit au cours du mois de juillet. C’est ma manière d’apporter ma pierre à l’édifice et de soutenir les entrepreneurs. Lancez-vous, créez votre compte sur qria.me et augmentez votre visibilité.
Concernant notre feuille de route, elle est bien remplie. Nous allons continuer à enrichir nos automatisations et nos connecteurs, pousser plus loin l’intégration de l’IA et spécifier des usages sectoriels plus ciblés, pour répondre aux besoins précis de l’immobilier, de l’hôtellerie, des commerciaux de terrain et des boutiques physiques.
L’objectif reste le même depuis le début : prouver que depuis la Nouvelle-Calédonie, on peut développer des solutions technologiques de pointe, humaines, agiles et profondément engagées.
__
