« Tu peux me faire un Lydia pour me rembourser ?« . Si vous n’avez jamais entendu cette phrase, c’est que vous vivez bien en Nouvelle-Calédonie. Et non, Lydia n’est pas une nymphe magicienne du remboursement mais bien une application de paiement entre amis, l’une des FinTech françaises qui a connu le plus de succès au cours de ces dernières années. FinTech, le mot est jeté…
Derrière le terme FinTech, contraction de « finance » et « technologie », se cache une nouvelle génération d’acteurs bancaires misant sur le numérique pour simplifier les services financiers. En Nouvelle-Calédonie, le départ de Revolut met en lumière les limites de ce modèle dans un territoire hors Union européenne, mais ouvre aussi la voie à de nouvelles alternatives. Ciao Revolut mais bonjour qui ?
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Revolut solde ses comptes sur le territoire
La FinTech désigne l’ensemble des entreprises qui utilisent le numérique pour proposer des services financiers alternatifs aux banques traditionnelles. Applications mobiles, paiements dématérialisés, cartes internationales ou encore gestion automatisée des comptes : ces entreprises ont profondément modifié les usages bancaires au cours de la dernière décennie.
En Nouvelle-Calédonie, cette dynamique se heurte toutefois à une réalité institutionnelle spécifique. Le retrait de Revolut du territoire, prévu demain, le 20 février, en est l’illustration parfaite. Très populaire auprès des usagers pour ses frais réduits et ses services à l’international, la néobanque britannique ne peut plus opérer légalement dans un territoire situé hors du cadre réglementaire de l’Union européenne ; et du point de vue de la réglementation bancaire, le Caillou ne s’y trouve pas.
Si ce départ marque un coup d’arrêt pour une partie des utilisateurs, il laisse également un espace à investir. Depuis quelques temps déjà, de nouveaux acteurs de la FinTech s’implantent sur le territoire, avec des modèles adaptés ou ajustés aux contraintes locales.
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Be-bunk, la néobanque calédonienne

Parmi ces nouveaux entrants, Be-bunk la première FinTech néo-calédonienne. Lancée en 2022, l’entreprise a pour but de favoriser l’inclusion bancaire, professionnelle et sociale, ainsi que le bien-être financier des membres des communautés d’Outre-mer. Pour ce faire, elle propose un compte de paiement avec IBAN français, une carte Visa, un compte paramétrable en francs CFP et une application mobile destinée à un usage quotidien.
« En 2026, Be-bunk étoffera son offre avec des programmes d’éducation financière accessibles via l’application mobile, ainsi qu’avec des produits d’épargne visant à améliorer le bien-être financier de ses clients sur le long terme. Le crédit sera proposé ultérieurement, car bien qu’il existe une forte demande, il doit être offert de manière responsable, après une sensibilisation des clients aux risques de surendettement », informe Laurent de Bernède, directeur général de Be-bunk.
Contrairement aux grandes fintech européennes, Be-bunk dispose d’une présence physique en Nouvelle-Calédonie. « Grâce à ses sept agences locales, Be-bunk se différencie des acteurs purement digitaux par son modèle hybride, alliant proximité et efficacité, brisant ainsi les barrières numériques ou culturelles, dans le but de réduire l’exclusion bancaire. C’est là sa raison d’être et sa mission », indique Laurent de Bernède.
Be-bunk en Nouvelle-Calédonie, c’est aujourd’hui plus de 20 000 clients actifs, avec une croissance annuelle soutenue de plus de 50%. La néobanque calédonienne détient une licence d’Établissement de monnaie électronique délivrée par l’ACPR, l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution. « À ce titre, Be-bunk ne court aucun risque de se voir retirer le droit d’exercer en Nouvelle-Calédonie », assure le directeur général de Be-Bunk. Avant de conclure : « nous encourageons tous les calédoniens à privilégier une solution locale, qui travaille activement pour le développement du territoire et opère en parfaite conformité avec la loi. »
« Be-bunk se différencie des acteurs purement digitaux par son modèle hybride, alliant proximité et efficacité, brisant ainsi les barrières numériques ou culturelles, dans le but de réduire l’exclusion bancaire » – Laurent de Bernède, directeur général de Be-bunk.
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Deblock donne du crédit à la fintech

Autre acteur à se positionner sur le marché calédonien : Deblock, une néobanque française, accessible sur le Caillou depuis avril 2024. « Notre démarche s’inscrit dans la volonté de permettre aux Français d’outre-mer d’accéder à un compte gratuit, moderne et simple d’utilisation, avec une ouverture rapide et une expérience entièrement mobile », nous confie Maui Richmond, responsable Deblock Pacifique, chargé de la communication en Outre-mer.
Tout comme Be-bunk, Deblock permet d’obtenir en quelques minutes une carte Visa et un IBAN français. Mais l’application propose également des fonctionnalités d’épargne via des coffres, avec des rendements variables pouvant aller jusqu’à 6 %. Autre particularité : l’intégration des cryptomonnaies à ses services bancaires. « Le portefeuille crypto permet aux utilisateurs d’acheter, de détenir et de gérer des actifs numériques directement depuis l’application. Une large majorité de nos utilisateurs, y compris en outre-mer, ont activé cette fonctionnalité », explique Maui Richmond.
En ce qui concerne le respect de la réglementation bancaire, « Deblock opère sous la supervision des autorités françaises, notamment l’ACPR et la Banque de France. Ce cadre réglementaire assure une stabilité et une conformité adaptées aux territoires français, y compris en Nouvelle-Calédonie », poursuit le responsable de Deblock dans le Pacifique. De quoi rassurer les plus de 25 000 utilisateurs de l’application résidants sur le Caillou.
« Le portefeuille crypto permet aux utilisateurs d’acheter, de détenir et de gérer des actifs numériques directement depuis l’application. Une large majorité de nos utilisateurs, y compris en outre-mer, ont activé cette fonctionnalité » – Maui Richmond, responsable Deblock Pacifique, chargé de communication en Outre-mer
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Un cadre d’innovations financières sous contraintes
Le départ de Revolut, suivi par l’arrivée ou la montée en visibilité de Be-bunk et Deblock, illustre une recomposition progressive du paysage FinTech en Nouvelle-Calédonie. Mais cette dynamique reste fragile.
Le statut institutionnel du territoire, son éloignement géographique et l’existence d’une monnaie distincte continuent de limiter l’implantation durable des grandes FinTech internationales. Faute d’un cadre juridique pleinement adapté, les nouveaux acteurs doivent composer avec des modèles hybrides, entre innovation technologique et adaptation locale.
Pour autant, le départ de Revolut pourrait être temporaire. La FinTech britannique a en effet déposé une demande d’agrément auprès de la Banque de France, afin d’être légalement apte à reprendre ses activités sur les territoires français hors de l’Union européenne. D’ici là, les Calédoniens se seront-ils laissés séduire par l’un de ses concurrents, comme Deblock ou Be-bunk, ou l’attendront-ils fidèlement ?
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