En septembre 2023, Adrien Bock envoie un mail à un organisme de formation du sud-ouest de la France. Il ne les connaît pas, il ne sait pas vraiment ce qu’il peut leur proposer, mais il vient de transformer toute son activité de cours particuliers grâce à ChatGPT et il se dit que si ça l’aide lui, ça peut en aider d’autres. Ils répondent le lendemain… ils en avaient justement parlé au café le matin même. C’est comme ça que tout commence : un mail, une réponse et deux ans plus tard, SafranArcelorMittalTotalEnergies ou encore Engie, et 124 personnes formées en Nouvelle-Calédonie récemment.  

Ce 6 septembre, Adrien pose ses valises à Nouméa pour y développer Caledon·IA, son organisme de formation IA agréé DFPC. Portrait d’un homme qui suit son instinct et qui n’a manqué aucune opportunité depuis. 

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L’université de la débrouille  

Adrien est belge et a passé une grande partie de sa vie à voyager et vivre dans différents pays. Une fois son bac en poche, il a testé quelques études à droite à gauche, puis a décidé d’arrêter de forcer. Ses parents ont « un peu pété un câble », il le dit lui-même avec le sourire. Il enchaîne alors les petits boulots, restos et bars, tout en lisant beaucoup, faisant du sport, restant quelqu’un de très curieux. Et cette curiosité ne le lâchera plus… 

Un jour, une amie débordée par trop d’étudiants en cours particuliers de mathématiques lui propose de prendre quelques élèves. Adrien accepte et ce qui devait être un simple coup de main devient un boulot à temps plein. Au fil des années, ce sont 800 étudiants qu’il suit, trois à quatre jours par semaine. Ce qui le passionne, ce ne sont pas tant les mathématiques elles-mêmes que la façon dont chaque élève apprend différemment. Il observe, il analyse et il adapte en fonction des profils. Il leur sert la matière comme sur un plateau calibré pour chacun, en cassant les intermédiaires que le système éducatif met entre celui qui transmet et celui qui apprend. Ce fil rouge, simplifier, désintermédier, expliquer des choses compliquées d’une manière simple, il ne l’abandonnera jamais !  

Pour faire tourner son activité, il apprend seul tout ce qui ne concerne pas les maths : la communication, le marketing, l’emailing, le développement de site internet, le référencement… etc. 

« Mon université pour tout ça, ça a été YouTube. J’ai tout appris de zéro, je n’y connaissais vraiment rien du tout. » – Adrien Bock, l’autodidacte qui a appris sur le terrain de manière tangible comment fonctionnait une entreprise

L’activité tourne bien, très bien même ! Il gère parfois jusqu’à quarante étudiants par semaine, mais il sent le plafond arriver. Lorsqu’il prend la décision d’expandre son activité, impossible de recruter d’autres enseignants : les jeunes disponibles sont en examen quand il en a le plus besoin, les plus âgés peinent à tenir le rythme.  

« Dans deux ans, dans cinq ans, je ferai encore la même chose. Je connais par cœur tous les syllabus de toutes les écoles. » – Adrien, qui réalise que son activité ne peut pas perdurer, aussi bien par motivation personnelle que la menace d’un train-train quotidien sans forte croissance.

C’est là qu’un ami lui parle de ChatGPT.  

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Le bug dans la tête 

Adrien teste ce ChatGPT encore peu connu : il prend son téléphone, photographie le cours d’un étudiant et en quelques secondes, il a un correctif complet. Sacrée prouesse pour lui qui passait parfois quatre à cinq heures à relire des copies, à préparer des contenus à la demande des parents.  

« Ça m’a fait penser à quand mon père a découvert l’informatique il y a 30 ans. Ce genre d’avancée, ça n’arrive pas tous les jours. » – Adrien Bock, au moment où les quatre heures de correction sont devenues quatre secondes, a saisi que quelque chose se passait

Alors, il se met à fond dedans, regarde toutes les vidéos, suit tous ceux qui expérimentent et passe des centaines d’heures à tester lui-même. Il transforme d’abord sa propre activité : correctifs, visuels, textes, référencement, communication. Et puis, très naïvement, il commence à envoyer des mails à des dirigeants d’entreprise. Il se dit juste que si ça l’aide lui, ça peut aider d’autres. Il n’a pas vraiment de plan mais il a un l’instinct… et quel instinct !  

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Un mail, une réponse et le déclic ! 

Le premier organisme à répondre à son mailing est basé à Toulouse. Il forme des professionnels de tous secteurs et cherche quelqu’un pour ouvrir une formation IA. La chance était de son côté : ils en avaient parlé au café le matin même de la réception du mail. « Au début, c’était vraiment le basique basique. », dit-il. Mais c’est comme ça que tout commence. À la suite de cette première prise, il enchaîne les régions, Aquitaine, Normandie, Paris, passe par des organismes de formation inter-entreprises, creuse son carnet d’adresses, relance sur LinkedIn et s’appuie sur les parents de ses anciens étudiants, souvent des dirigeants d’entreprise, qui lui ouvrent des portes. Le marché est encore quasi vierge et quand personne ne se bat pour une place, elle est pour vous ! Ça, Adrien l’a bien saisi. 

Le signal est clair : arriver tôt sur un marché où personne ne se bat encore, c’est avoir un monopole de fait, même depuis sa chambre (et quel exploit !). Il se retrouve finalement à former des équipes chez de grands groupes tels que Safran, ArcelorMittal, TotalEnergies, Engie et le bouche-à-oreille fait le reste. 

Il y a quelques semaines, il est intervenu deux jours chez un groupe hôtellerie-restauration avec quatre équipes : RH, comptabilité, marketing et direction. À l’issue, le groupe a estimé pouvoir récupérer plus de dix millions de francs CFP par an grâce aux méthodes mises en place. 

« Je me suis vraiment dit waouh ! Les concurrents qui ne font rien vont juste se faire exploser. Et Il en va de même pour la comptabilité, les contrôleurs de gestion, les boites qui font des devis manuels ou gèrent encore des Excel préhistoriques. » – Adrien Bock

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Et le Caillou, qu’est-ce qu’il vient faire là-dedans ? 

En 2025, Adrien vient en Nouvelle-Calédonie pour une mission de formation sous-traitée. Ça se passe bien, très bien même. En juin-juillet 2026, une nouvelle opportunité le ramène sur le territoire et cette fois, quelque chose se passe différemment. Il prend du recul, pèse le pour et le contre, et se pose une question : « est-ce que dans 10, 15, 20 ans, je me projette en Belgique ? Et la réponse était clairement non. » 

Quand on lui demande pourquoi s’installer en Nouvelle-Calédonie, il pose trois raisons sur la table. La mentalité entrepreneuriale d’abord : les entrepreneurs du Caillou sont accessibles, passionnés, sans la mondanité et le côté procédurier qu’il a connu en travaillant en France, en Belgique, dans les grandes métropoles. 

« Tu vas à un événement, tu discutes avec quelqu’un qui a son entreprise, il a un problème, tu peux l’aider, il va te recommander à quelqu’un d’autre. Il y en a qui sont là depuis dix, quinze, vingt ans avec cinq, six, sept activités et qui sont vraiment là en passionnés, accessibles, pas dans une tour d’ivoire. » – Adrien Bock

La générosité des gens ensuite, pas la bienveillance « de façade » qu’on rencontre souvent en Europe. 

« La sincérité, l’hospitalité, la générosité dans le quotidien. En Europe, les gens sont extrêmement tendus. Ici, il y a une vraie humanité élémentaire. » – Adrien, qui a travaillé longtemps sur le continent européen et sait de quoi il parle.

Le cadre de vie enfin, celui qui fait que quand tu travailles beaucoup et que tu décides de faire un break, deux-trois heures en brousse ou sur un bateau suffisent à vraiment déconnecter. « En ville, même si tu vas au spa, ce n’est pas une vraie déconnexion nature. » Durant son passage de juin-juillet 2026, il forme déjà 124 personnes sur le territoire. Il repart en Belgique pour régler ses derniers détails logistiques et revient le 6 septembre pour de bon avec deux valises seulement.

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Caledon·IA : « l’IA pour tout le monde, même celui qui perd ses mots de passe »

Caledon·IA est un organisme de formation IA agréé DFPC, pensé pour deux publics distincts. Les gérants de TPE et PME qui veulent comprendre les enjeux et créer des systèmes concrets dans leur entreprise, et les grandes structures pour lesquelles la formation s’adresse d’abord aux comités de direction avant de faire monter en compétence l’ensemble des collaborateurs.

Sa méthode ne change pas d’une formation à l’autre : avant chaque intervention, il réalise un audit pour comprendre quels sont les besoins, où ça coince, ce qui fait perdre du temps inutilement, parce qu’apprendre des fonctionnalités sans savoir pourquoi n’a jamais aidé personne à avancer. Ce qui l’anime, c’est de casser les barrières imaginaires que les gens se mettent eux-mêmes. Il a une image qu’il ressort souvent : 

« Je pourrais prendre la personne qui n’aime pas les ordinateurs, qui perd ses mots de passe, qui est proche de la pension, avec un métier purement pratique et je lui explique de manière simple et concrète comment ça fonctionne et comment elle peut se faciliter la vie, sans aucun jargon. Si j’arrive à convaincre quelqu’un qui est a priori totalement réticent, c’est ma meilleure victoire. Même les plus sceptiques peuvent repartir convaincus. » – Adrien Bock

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Caledon·IA est arrivé en Calédonie © Caledon·IA

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L’IA comme facilitateur, jamais comme raccourci 

Au début, Adrien avait une vision naïve de l’IA. « Je pensais vraiment que j’avais recruté quelqu’un. » Avec le temps, il a compris les limites et aujourd’hui il les exprime simplement : 

« La technique pure, c’est du métal. C’est froid, c’est dur. L’énergie humaine dans l’échange, dans le partage, la technologie ne l’aura jamais. » – Adrien, qui préfère quand même une bonne conversation à ses 800 correctifs automatisés

Pour lui, l’IA est un facilitateur, pas un remplaçant et ceux qui pensent le contraire se trompent de combat. Ce qu’il ne supporte pas non plus : les entreprises qui se croient créatives parce qu’elles utilisent l’IA générative et se retrouvent avec le même flyer générique que tous leurs concurrents. « Tu perds en crédibilité. » Depuis 2023, il voit l’évolution des mentalités. À l’époque, évoquer le sujet dans une salle faisait braquer les gens. Une participante est même partie en pleine session après qu’il ait montré des machines autonomes construisant des maisons en Australie, sa famille s’étant construite dans ce secteur. « Je pense qu’elle était sous le choc. » Aujourd’hui, les mêmes profils posent des questions sur comment s’y mettre… sacré virage !

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L’IA est une épaule sur laquelle s’appuyer © Orsys

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Le Caillou, un territoire à saisir ?

Quand on lui demande si la Nouvelle-Calédonie a du retard sur l’IA, Adrien recadre la question. 

« Il ne faut pas se comparer aux autres. Ce qui est important, c’est de faire ce qu’on a à faire, à 100 %, avec l’énergie qu’on a. En métropole, oui, t’as la fibre et le réseau. Mais t’as pas le cadre de vie et le cadre de vie, ça peut être un grand levier. Par ailleurs, les grandes entreprises sont plutôt très en retard. Le tissu calédonien est composé lui majoritairement d’entreprises de moins de 20 ETP. » – Adrien Bock

Il y voit même un avantage : celui de partir d’une situation qui oblige à construire des choses solides. « Plus la situation est difficile, plus c’est là où les meilleures choses vont apparaître. » Et pour ceux qui attendent encore de se lancer, il a une formule qu’il aime bien : 

« ChatGPT, ça a quatre ans déjà. Ta liberté, c’est ta responsabilité. Si tu attends encore cinq ans, tu auras perdu des millions de francs simplement parce que tu auras réglé des petits problèmes du quotidien au lieu de prendre le taureau par les cornes. » – Adrien, fondateur de Caledon-ia.com – à méditer avant la prochaine formation

Il est arrivé en 2025 pour une mission d’un mois, est revenu en juin-juillet 2026 pour former 124 personnes sur le territoire et a posé ses valises le 6 septembre pour rester. Il n’avait pas prévu de devenir formateur IA, il n’avait pas prévu de quitter la Belgique… Il a juste envoyé un mail un matin de septembre 2023 et depuis, ce sont des dizaines d’entreprises qui peuvent travailler avec l’IA, de manière sécurisée, en respectant l’humain et en musclant la performance d’entreprise. 

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Et si vous étiez le prochain à être formé par Adrien ? © Minobia

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