« L’économie circulaire, c’est un vaisseau spatial » : retour sur la conférence de Raphaël Masvigner, co-fondateur de Circul’R

« L’économie circulaire, c’est un vaisseau spatial » : retour sur la conférence de Raphaël Masvigner, co-fondateur de Circul’R

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L’Auditorium de la CCI plongé dans le noir, une visio depuis la métropole et une image de la Station spatiale internationale sur l’écran. Drôle d’entrée en matière pour une conférence sur l’économie circulaire. Sauf que Raphaël Masvigner, cofondateur de Circul’R, sait exactement ce qu’il fait. On est à la première Fabrique de l’économie circulaire en Nouvelle-Calédonie et il en est le grand invité du soir !

« Un vaisseau spatial, c’est la forme la plus aboutie de l’économie circulaire. » – Raphaël Masvigner, cofondateur de Circul’R

Ressources limitées, aucun déchet évacuable, tout doit servir pour tenir dans la durée. Selon lui, une île (au fond) c’est la même chose. La Nouvelle-Calédonie vient d’être comparée à un module orbital et ce n’était pas juste pour la formule.

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Une première pour le Caillou

François Berger (EEC ENGIE) ouvre la soirée. © NeoTech

La soirée clôturait la première journée d’un événement inédit sur le territoire. Portée par EEC ENGIE et la Ville de Nouméa, avec le soutien de la CCI, de l’ADEME et de la Province SudLa Fabrique de l’économie circulaire déroulait sur deux jours, les 8 et 9 juillet, entre l’Hôtel de Ville et l’Auditorium de la CCI : conférences, pitchs d’acteurs locaux, visites de sites, forum ouvert et serious game autour de la coopération inter-entreprises. Après une journée d’échanges et de visites, place à l’invité du soir. Circul’R, ce sont deux anciens d’Airbus qui, il y a une dizaine d’années, ont tout plaqué pour faire le tour du monde à la rencontre des entrepreneurs de l’économie circulaire. Le cabinet compte aujourd’hui une quarantaine de personnes et accompagne grandes entreprises et territoires en Europe, en Afrique et en Asie.

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L’économie circulaire, du business avant d’être de l’écolo

Raphaël Masvigner en visio depuis la métropole. © NeoTech

Le premier message de Raphaël Masvigner : l’économie circulaire n’est pas un sujet d’écologie !

« C’est un sujet cœur business. » – Raphaël Masvigner, qui insiste sur la différence avec la RSE

Là où beaucoup imaginent encore une démarche vertueuse mais coûteuse, réservée à ceux qui peuvent se le permettre, il déroule l’inverse. Dans un monde où les ressources se raréfient et où les prix s’envolent, produire plus de valeur avec moins de matière n’a plus rien de militant : c’est une question de survie économique. Et l’argument porte d’autant mieux que la Calédonie traverse une période compliquée. Au passage, il corrige un malentendu tenace : économie circulaire ne rime pas avec recyclage. Dans le fameux diagramme en papillon, le recyclage est même la boucle la plus longue et la plus gourmande, celle qui consomme le plus d’énergie et détruit le plus de valeur. Les vraies bonnes affaires se cachent dans les boucles courtes : réparer, partager, reconditionner et surtout bien trier. Détail amusant : si les déchets d’une entreprise finissent souvent mélangés, c’est aussi parce que le prestataire facture au tonnage et n’a aucun intérêt à ce qu’ils soient séparés. Bien séquencer ses flux, c’est parfois transformer une facture en source de revenus.

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« Une île, ce n’est pas un handicap, c’est un atout »

Un public venu passer des intentions à l’action ! © NeoTech

C’est là que Raphaël fait le lien avec le caillou :

« Les îles sont un formidable terrain de jeu pour l’économie circulaire. » – Raphaël Masvigner, globe-trotter de l’économie circulaire 

Les îles cumulent des handicaps pour l’économie classique et ce sont exactement ces handicaps qui en font, selon lui, une occasion en or. Tout ce qui entre coûte cher à importer et une bonne partie de ce qui devient déchet coûte cher à réexporter. Double peine donc ! Les chaînes d’approvisionnement, on l’a vu avec le Covid, sont les premières à trembler. Sauf que ces contraintes ont un revers lumineux. Sur un petit territoire, les boucles locales sont plus simples à boucler, les distances plus courtes, les acteurs plus concentrés et donc plus faciles à connecter. La traçabilité des flux, cauchemar des grands territoires, y devient jouable. Ajoutez des ressources naturelles et un domaine maritime hors normes, et vous obtenez, dans l’ADN même de l’île, les prérequis d’une économie circulaire efficace. Son message ? La NC n’a pas à tout réinventer, elle a surtout à s’organiser.

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Quatre idées à piquer ailleurs

Pour l’illustrer, Raphaël fait défiler des exemples découverts aux quatre coins du monde, chacun assorti d’une leçon transposable. Deux d’entre eux parlent directement au Caillou. Le premier vient du Canada, où la PME CarbiCrete fabrique du béton sans ciment : elle remplace le sable par des scories, ces résidus de la combustion du minerai, puis y injecte du CO2 pour les solidifier. Un déchet devient une brique, moins chère que la version classique, avec du carbone capté en prime. Or les scories, en Calédonie, on connaît : c’est le quotidien de l’industrie du nickel. Raphaël Masvigner l’a d’ailleurs dit lui-même : la leçon vaut pour tous les secteurs car avant d’importer une matière vierge, mieux vaut cartographier les coproduits qui dorment déjà chez vous.

 CarbiCrete : construire autrement, avec les déchets de l’industrie. © NeoTech

Le second exemple parle encore plus au lagon calédonien. La jeune PME Biomanity transforme les carapaces de crevettes en un rétenteur d’eau redoutablement efficace, capable de réduire de 50 % la consommation d’eau des cultures. Les crevettes calédoniennes ont une sacrée réputation ; leurs carapaces, elles, pourraient être exploitées davantage.

Deux autres cas valent le détour. Kamikatsu, petite ville japonaise devenue la première « zéro déchet » du pays, a tout simplement cessé de payer son incinérateur pour monter un centre de tri à 45 catégories. Le secret n’est pas la contrainte, c’est la pédagogie : on explique aux habitants quels déchets coûtent à la communauté et lesquels lui rapportent. Résultat, plus de 40 % d’économies sur la gestion des déchets et un lieu devenu point de rencontre. De quoi inspirer plus d’une commune ici. En Belgique, la coopérative Rotor DC a bâti un modèle rentable de réemploi dans le BTP en rendant les matériaux de seconde main aussi simples à utiliser que du neuf : fiche technique, stock en temps réel, plateforme partagée entre revendeurs. Leur conviction : le réemploi ne décolle qu’à partir du moment où il devient aussi confortable que le neuf.

Biomanity : les carapaces de crevettes, matière première d’un rétenteur d’eau biosourcé. © NeoTech

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« Tout seul, ça ne marchera pas »

 « Facteurs clés de succès » : coopérer pour déployer. © NeoTech

S’il fallait retenir une seule idée de la soirée, ce serait celle-ci :

« Faire de l’économie circulaire tout seul, ça ne marchera pas. » – Raphaël Masvigner, avant de sortir la recette miracle.

C’est le fil rouge de toute la seconde partie de son intervention. Sa réponse porte un nom : la coalition. Une dizaine d’acteurs qui partagent le même défi, mutualisent les coûts et les risques, et pèsent davantage face aux pouvoirs publics ou sur un appel d’offres. Il en livre même la recette, rodée sur les coalitions que Circul’Ranime déjà dans plusieurs pays. Un noyau dur de 8 à 12 entreprises fonctionne mieux qu’un grand rassemblement où tout finit par s’enliser. Comme on va se partager des flux, des besoins, des informations sensibles, mieux vaut poser dès le départ un cadre juridique clair, sans quoi la confiance ne s’installe jamais. Et puis il y a le temps, l’ingrédient qu’on néglige presque toujours : tant que l’animation de la coalition reste une ligne ajoutée en bas d’une fiche de poste déjà pleine, rien ne décolle… Deux derniers conseils : faire entrer des scientifiques pour ne pas se raconter d’histoires et des associations, ces « critical friends » qui bousculent le groupe et lui évitent le greenwashing

Le message tombe à pic : le lendemain, La Fabrique enchaînait sur un forum ouvert et un serious game autour de la coopération inter-entreprises, où l’idée d’une coalition calédonienne figurait parmi les pistes de travail.

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La balle est dans notre camp !

La conclusion de Raphaël ? Un exemple local l’avait déjà illustrée plus tôt dans l’après-midi. Pendant les visites oorganisées, un participant évoquait le cas de Pacific Valorisation, cette entreprise de Ducos qui donne une seconde vie au carton. Le hic ? Ses produits fabriqués localement peinent à rivaliser avec des équivalents importés, moins chers. Voilà le mur auquel se cogne l’économie circulaire calédonienne et aucun diagramme en papillon ne le fera disparaître tout seul !

Les idées existent, les acteurs aussi : on l’a vu toute la journée, des batteries assemblées au carton réinventé, la Calédonie réinvete. Ce qui manque, ce n’est pas l’inspiration, c’est l’échelle et la demande : assez de masse critique pour faire baisser les coûts et une commande publique qui joue le jeu en achetant local et circulaire. La coalition n’est pas un gadget de consultant, c’est sans doute le chaînon qui manque. À nous désormais de décider si nous voulons vraiment jouer les astronautes !

 

Date et heure

08/07/2026 à
09/07/2026

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